La littérature de la Guinée équatoriale forme un ensemble singulier dans le paysage africain, puisqu'elle s'écrit principalement en espagnol. Longtemps peu diffusée, elle réunit des romanciers, des poètes et des essayistes dont plusieurs vivent hors du pays. Son histoire épouse de près celle des ruptures politiques traversées depuis l'époque coloniale.
Les premiers textes circulent au début du vingtième siècle dans la revue missionnaire La Guinea Española, qui recueille récits, contes et chroniques. Le tournant intervient avec Leoncio Evita Enoy, auteur de Cuando los combes luchaban, publié en 1953 et considéré comme le premier roman du pays. Daniel Jones Mathama lui succède avec Una lanza por el Boabí en 1962, récit en partie autobiographique ancré dans l'univers de l'île de Bioko.
Le régime de Francisco Macías Nguema provoque le départ d'une grande partie des intellectuels. La production littéraire se déplace alors vers l'Espagne, où l'exil devient un thème central. Donato Ndongo-Bidyogo publie en 1977 l'essai Historia y tragedia de Guinea Ecuatorial, tandis que Juan Balboa Boneke fait paraître ¿Dónde estás Guinea? en 1978. Cette période reste souvent décrite par les critiques comme celle des années de silence.
La création du Centre culturel hispano-guinéen de Malabo en 1982 relance l'édition locale et donne naissance à la revue Africa 2000. Donato Ndongo-Bidyogo signe en 1984 la première Antología de la literatura guineana, puis en 1987 Las tinieblas de tu memoria negra, roman d'apprentissage devenu une référence de la production nationale. María Nsué Angüe ouvre la voie aux romancières avec Ekomo, paru en 1985, qui suit le parcours d'une femme fang entre héritage et modernité. Ciriaco Bokesa fait paraître en 1987 Voces de espumas, présenté comme le premier recueil poétique écrit dans le pays par un auteur équato-guinéen.
Juan Tomás Ávila Laurel, né en 1966, s'impose comme l'une des plumes les plus connues de sa génération par ses romans, ses chroniques et ses prises de position publiques. Justo Bolekia Boleká mène de front une oeuvre poétique et des travaux savants sur la langue bubi. Autour d'eux, une nouvelle génération d'éditeurs et de collectifs cherche à faire vivre une chaîne du livre sur place, malgré un marché intérieur étroit et une diffusion internationale encore limitée.